Présentation

Logos 04.08.2016

Vendredi 30 septembre – Faculté d’éducation, site de Nîmes

Samedi 1er octobre – Carré d’art

la une

La question des pratiques artistiques et de la création à l’École revêt pour la recherche un enjeu majeur, accru par l’entrée en vigueur, dès la rentrée 2014, du Parcours d’éducation artistique et culturelle (PÉAC). L’un des objectifs de formation de ce parcours est de conduire les élèves à « mettre en œuvre un processus de création ». Les documents qui définissent le PÉAC et encadrent sa conception et sa mise en œuvre dans les établissements scolaires précisent qu’il s’appuie sur « trois piliers : des rencontres avec des artistes et des œuvres, des pratiques individuelles et collectives dans différents domaines artistiques, et des connaissances qui permettent l’acquisition de repères culturels ainsi que le développement de la faculté de juger et de l’esprit critique ». La lecture croisée de ces documents, du Socle commun de connaissances, de compétences et de culture et des projets de programmes pour les cycles 2, 3 et 4 révèle une volonté d’harmoniser sur ce point les différents textes de référence, d’en manifester la cohésion et la continuité dans toutes les disciplines et les six grands domaines artistiques concernés par l’histoire des arts. On y voit l’importance d’une éducation aux arts et par les arts, et de la place qui doit être accordée aux pratiques artistiques des élèves, de l’école jusqu’au lycée.

Axe 1. Quelle(s) définition(s) ? Quelle(s) pratique(s) ? Quelle(s) évaluation(s) ?

Les notions de processus de création et de pratique artistique ou encore de créativité, ainsi que les modalités de leur mise en œuvre dans les classes, sont diversement comprises par les enseignants comme par les formateurs selon leurs disciplines d’enseignement. Elles méritent donc que soit posée la question de leur définition, au-delà des évidences apparentes. Qu’entend-on précisément par processus de création et pratique artistique ? Quelles compétences, quels savoirs et savoir-faire les pratiques artistiques mettent-elles exactement en jeu ?

Nous sommes confrontés à une richesse sémantique qui mérite d’être interrogée afin de faire émerger des fondements scientifiques à même d’approfondir ou d’ouvrir des pistes d’action en classe. Ainsi, quelles sont ou pourraient être les pratiques artistiques et créatives pensées et mises en œuvre à l’École ? Comment engager les élèves dans un « processus de création » ? Quels types de dispositifs didactiques et pédagogiques sont susceptibles de solliciter leur créativité, de concourir à leur développement et de fonder une « éducation à l’art » et « par l’art » ? Comment ces pratiques artistiques peuvent-elles être effectivement mises en œuvre dans les six grands domaines artistiques de l’histoire des arts, et non seulement dans le cadre des enseignements artistiques (arts plastiques et visuels, éducation musicale), mais également dans le champ des autres disciplines et des projets pluridisciplinaires que recommande avec insistance le Guide pour la mise en œuvre du parcours d’éducation artistique et culturelle ?

Comme c’est le cas avec tout objet d’enseignement, se pose ici la question de l’évaluation. Est-il possible, est-il souhaitable d’évaluer la mise en œuvre du processus de création et les productions des élèves ? Quels sont les critères qui permettent une évaluation objective et fiable du processus et des productions ? Autant de questions que chacun, dans son propre champ artistique et disciplinaire ou dans une perspective transversale, peut faire siennes.

Axe 2. Enjeux dans le contexte éducatif, socio-économique et politique actuel

Les enjeux de l’éducation artistique et culturelle dans le cadre du PÉAC constituent un autre axe de réflexion. Ces enjeux peuvent évidemment être envisagés en termes d’apprentissages scolaires, de formation de la personne et du citoyen, mais également dans le contexte éducatif, socio-économique et politique actuel.

Aussi légitime et louable qu’elle soit, la volonté de l’institution d’« impulser une culture de la créativité » à l’École pour lutter contre les inégalités d’accès à la culture et aux arts ne nous dispense pas de nous interroger sur les lieux politiques où cette volonté trouve son origine. L’émergence de cette notion et son accès au statut d’objet d’enseignement sont liés à des ressorts idéologiques, à un contexte socio-économique et politique particulier qu’il est nécessaire de questionner. Comme tout objet scolaire, la créativité et les pratiques artistiques associées méritent qu’on les soumette à réflexion, dans le processus de leur élaboration en tant qu’objets scolaires et dans leurs finalités, de sorte à « interroger “ce qui nous pense” souvent malgré nous, lorsque nous sommes en train de penser notre discipline[1] ».

Axe 3. Pratiques artistiques et formation des enseignants

Enfin, la réflexion peut porter sur les actions de formation à mettre en œuvre pour permettre aux équipes pédagogiques d’engager les élèves dans un processus de création. On peut s’emparer des questions suivantes, comme y invite le Guide pour la mise en œuvre du parcours d’éducation artistique et culturelle : Comment développer la créativité des enseignants pour encourager celle des élèves ? Quel est rôle des émotions dans l’apprentissage ? Qu’induit pour les enseignants le fait de placer le processus de création au cœur du projet artistique et culturel ? Comment en faire un moyen et un objectif du PÉAC ?

D’autres questions, cruciales, se posent encore à nous, formateurs : la formation initiale dispensée dans le cadre du master MEEF peut-elle en l’état outiller les étudiants pour leur permettre d’« impulser une culture de la créativité » à l’École ? Quelles sont les éventuelles carences dans cette formation et comment l’améliorer au service de l’éducation artistique et culturelle de nos étudiants, dont dépend celle de leurs futurs élèves ?

Une autre question mérite d’être posée : comment expliquer les difficultés et les obstacles, sinon les résistances, que rencontrent les pratiques créatives et artistiques des élèves dans les classes, alors même que ces pratiques sont explicitement prescrites par les textes officiels ?

Isabelle Poussier & Aldo Gennaï

Faculté d’éducation de Montpellier (site de Nîmes)

LIRDEF/ALFA

 [1] Noël Cordonier et Sonya Florey, « Le contexte éducatif et socio-économique du “patrimoine littéraire”. Exercice de dissociation des idées », in Marie-France Bishop et Anissa Belhadjin (dir.), Les Patrimoines littéraires à l’école. Tensions et débats actuels, Paris, Honoré Champion, 2015, p. 46.